YUIO ? Kicedonk ?

Il y a encore un an, le pseudo de YUIO n'était pas encore apparu sur une boîte de jeu.
Il faut dire qu'Etienne Simon (de son vrai nom) n'avait pas encore été sollicité par les maisons d'édition ludiques.

YUIO se consacrait à l'illustration et à la mise en couleurs de pages de magazines et de bandes dessinées et le fait toujours aussi bien.
Mais cela ne pouvait pas durer...
A force de traîner sur le blog Café Salé (blog de la communauté créative graphique), il a fini par se faire repéré par les gens de chez Sit Down !, la maison d'édition de jeu belge parente du magazine de jeu Plato. Et ça tombait bien ! Yuio est belge lui aussi et habite la même ville qu'eux donc c'est plus facile pour se voir !

En plus, Sit Down allait lancer son premier jeu : Wiraqocha (créé par Henri Kermarrec, mais lui, il n'est pas belge).

Voilà comment l'aventure ludique a commencée pour YUIO... Depuis, les illutrations de jeux se sont enchaînées pour lui :


    Wiraqocha (Henri Kermarrec, chez Sit Down! - 2011)

     Dojo (Antoine Bauza, chez Hazgaard - 2011)

           Takenoko (Antoine Bauza, chez Bombyx/Matagot - 2011)

Et quelque chose me dit que ce n'est pas prêt de s'arrêter...
Nous aurons l'occasion d'y revenir lors de la sorties des jeux sur lesquels il travaille actuellement (Zombie In My Pocket chez Psykéludique et Karnag chez Sit Down!).


Petit retour en arrière sur le travail de YUIO avec une petite interview réalisée il y a quelques mois :


Bulle de Jeux (BDJ) : Bonjour … Euh c’est Etienne Simon qui parle ou Yuio ? D’ailleurs pourquoi ce pseudo ?
Etienne Simon (ES)
: Je me doutais que cette question allait sortir. En fait, Etienne Simon m’a fait du mal au niveau pro. Il y a tellement de « Simon » que, des fois, on se trompait en me donnant ou en me retirant la paternité de certains projets. C’est en essayant de me démarquer que j’ai pris le nick Yuio. Ce sont 4 lettres qui se suivent sur le clavier. C’est un choix stratégique et au final, on connaît plus Yuio qu’Etienne Simon. Faut avouer que ça marque plus, non ? C’est moins passe partout au minimum ! (ce sera donc Yuio pour le reste de l’interview)

BDJ : Que faisiez-vous avant d’être l’illustrateur de jeux de société dont beaucoup de joueurs commencent à entendre parler aujourd’hui ? Quelle a été votre formation ?
Yuio : Depuis un moment, je suis auteur de bd et illustrateur freelance. À la sortie de mes études à Saint-Luc (Bruxelles), j’ai directement signé pour une collection de livres illustrés à caractère didactique chez un éditeur belge. Ensuite, j’ai eu pas mal de pages à faire en couleurs pour la plupart des éditeurs BD mais j’ai surtout voulu pousser mon dessin. J’ai donc collaboré un moment aussi à Spirou et illustré des petits livres pour enfants chez Averbode.

BDJ : Pas trop débordé en ce moment ?
Yuio : Débordé ? Si je dis oui, dans un mois, je n’aurai rien à faire et je devrai chercher un client !!! Non, non, j’ai encore quelques heures dans mes nuits. Tout va bien !

BDJ : La maison d’édition Sit Down! est belge. Cela a certainement favorisé votre collaboration autour du projet Wiraqocha. Mais qui a frappé à la porte de qui ?
Yuio : On vit déjà dans la même ville… et on a des amis communs. C’est le pote à pote qui a fonctionné et qui a permis que l’on se remette à collaborer. J’ai bien dit « remettre » parce qu’il y a eu aussi la volonté de me faire passer dans Plato et quelques projets illustrés en dehors du monde du jeu. La porte est donc ouverte et c’est les vents qui nous poussent à collaborer de temps à autre. On sait tous que l’on n’est pas très très loin.

 


Wiraqocha (2011)

BDJ : Dans Wiraqocha, deux environnements sont assez marqués : l’un très naturel dans un environnement luxuriant et un autre, très science-fiction futuriste imaginaire plein de robots. Avez-vous une préférence pour l’un ou l’autre dans votre travail d’illustrateur ?
Yuio
: Sérieusement… non. Il y a quelques années, des gens trouvaient que mes décors étaient assez vides. Avec ce jeu, je me suis rendu compte que j’ai sans doute fait un bon pas en avant. En ce qui concerne les persos plus humanoïdes ou la SF, j’ai un fond culturel qui a baigné dedans mais on me demande rarement de l’exploiter.

BDJ : Comment se passent les relations entre les 3 serviteurs des jeux de société que sont l’auteur, l’illustrateur et l’éditeur ? Qui propose, qui dispose ?
Yuio : Sauf erreur, l’illustration reçoit un cahier des charges de l’éditeur et de l’auteur. Avant même de se mettre à dessiner, il faut penser que c’est UN JEU et qu’il faudra donc que les images soient explicites par rapport aux demandes et à la jouabilité. On se dit que c’est facile mais en fait, ça impose pas mal de choses : des couleurs qui varient d’un univers à l’autre, des choses à unifier pour ne pas semer le doute, etc. Bref, dans un premier temps, l’illustrateur doit échanger pas mal avec les autres protagonistes… mais il y a un moment, lorsque les enjeux sont compris, où l’on a un sentiment franc de liberté à créer.

BDJ : Personnellement, préférez-vous être guidé (par les auteurs et éditeurs) ou au contraire, avez-vous besoin de beaucoup de liberté pour laisser s’exprimer votre imagination ?
Yuio : On ne peut pas dire qu’une situation ou qu’une autre est meilleure. J’aime bien la liberté, je suis freelance et donc ça colle à ma personnalité et mes envies… Mais il faut se rendre compte que l’on n’a pas pensé le jeu, que l’on n’y a pas joué parfois et que l’avis éclairé d’une personne qui connaît l’ensemble du projet est toujours une vraie bonne chose à prendre en compte. La liberté existe toujours de toute façon, même dans un champ d’action réduit. Tout ce qui n’est pas dit est permis et ça laisse quand même beaucoup de possibilités !

BDJ : Comment s’est passé la relation entre Henri Kermarrec, auteur breton et Etienne Simon, illustrateur belge ? Lui ici, vous, là-bas …
Yuio : J’ai l’habitude du télétravail. J’en suis fan même. On a échangé un email ou l’autre avec Henri au début de la mise en image mais c’est surtout l’éditeur qui a servi d’intermédiaire. C’est sans doute aussi parce que l’éditeur est géographiquement plus proche… ou parce qu’il avait le final cut.

BDJ : Le travail à plusieurs illustrateurs comme pour Dojo (avec David Rakoto) rend-il la tâche plus facile ou au contraire y en a-t-il toujours un mécontent qui veut refaire le travail ?
Yuio : Les deux fois où j’ai travaillé avec Hazgaard (Takenoko et Dojo), il y avait plusieurs illustrateurs mais le travail est cloisonné. L’un fera la cover, l’autre les règles, le troisième le plateau et ainsi de suite. C’est un procédé assez présent dans l’édition américaine par exemple… Pour être franc, j’ignore tout des visuels faits par David. Je les découvrirai sans doute lorsque j’aurai le jeu en main.

BDJ : Cela vous dérange-t-il que le nom des illustrateurs de jeux de société ne soit parfois même pas présent sur la boîte d’un jeu ?
Yuio : Je vais paraître peut-être paternaliste mais « oui ». En bd, on commence à reconnaître les coloristes en plaçant leur nom sur les couvertures. C’est un cran plus loin mais c’est une manière de reconnaître l’importance du travail de la personne. Parfois, quand il y a plusieurs illustrateurs, je me dis que ça serait horrible pour la maquette mais lorsque l’identité visuelle prédominante est celle d’un illustrateur, je la soulignerais.

BDJ : Est-il prévu que vous participiez à des salons de jeux au cours de l’année ?
Yuio : Je… je n’en sais rien. Chaque jour est un jour !

BDJ : Pour en revenir à votre travail, vous êtes plutôt crayon et gomme ou palette et « delete » ?
Yuio : Je travaille de manière old school avec les technologies actuelles. Une base classique pour la préparation et je finis tout avec un ordi. De toute façon, les éditeurs sont tous habitués à l’ordi. Ils ont pris l’habitude de demander des corrections et seul l’ordi peut empêcher la folie de devoir repartir parfois de zéro et de refaire toute une image. Il y a une flexibilité qui a été comprise et intégrée des deux côtés éditeur><illustrateur.


BDJ : Y a-t-il de grandes différences dans la manière de travailler entre l’illustration pour la BD et celle pour les jeux de société ?
Yuio
: Intrinsèquement, l’illustration pour enfants est souvent plus chargée de sens. Elle raconte un bloc texte plus important qu’un environnement ou un personnage à prendre pour ce qu’ils sont comme dans le jeu. D’un côté, on prend en charge une part d’histoire, de l’autre les images seront les moteurs à faire vivre une histoire. Evidemment, ça donne des enjeux et des images différentes





Angustus Copperpot (Wiraqocha - 2011)

BDJ : Juste comme ça pour évaluer ce que cela peut représenter : combien de temps avez-vous mis (à peu près) pour créer une illustration comme celle-ci ?
Yuio
: C’était l’image la plus facile du jeu. La réaliser de A à Z demande « juste » quelques heures.




Les disciples du Dojo et leur Maître

 BDJ : Que préférez-vous : travailler sur des personnages (Dojo) ou sur des éléments naturels imaginaires (Wiraqocha) ?
Yuio
: Les deux. On a au moins le plaisir de varier les projets. C’est un vrai plus de ne pas toujours faire les mêmes choses.


BDJ : N’êtes-vous pas frustré par les petits détails de certaines illustrations qui ne se voient presque plus lors de la réduction des images à la production ?
Yuio
: Oh non, en fait, c’est ma faute si j’en ai parfois fait trop. Il faudrait toujours penser au format final et non à ce que donne l’illustration en grand sur l’écran. Il y a juste que comme c’est des boulots qui ont un certain côté ludique même dans la réalisation, je me perds parfois à faire des choses qui seront invisibles ou presque par la suite.



BDJ : Avez-vous un détail fétiche que vous arrivez à recaser dans les jeux que tu vous avez illustré ?
Yuio
: Pas de détail fétiche mais juste des choses que je dis à ma fille et que j’applique : « tous les arbres, les feuillages, le ciel ou les nuages ne sont pas vert, bleu ou blanc ». J’essaie de flinguer les clichés de couleurs qu’on lui apprend à l’école.



BDJ : Le fait qu’Hazgaard Editions travaille sur de la « para-BD » (figurines d’albums) a dû chatouiller votre côté bédéiste, non ?
Yuio
: J’avoue que j’ai demandé des conseils pour savoir comment fonctionnait les choses pour faire des statuettes car il y a des années, j’avais eu un projet de statuette qui n’a malheureusement pas abouti. J’ignore tout de ce genre de marché et je me demande encore ce qui peut être « publié ». Je n’aime pas faire des choses pour rien alors au minimum, je me renseigne via Hazgaard un peu et via d’autres beaucoup !



BDJ : Ces premiers travaux dans le monde des jeux de société vous donne-t-elle envie d’en faire plus dans ce domaine ?
Yuio
: Je suis du genre à ne plus me projeter dans l’avenir. Je vis au jour le jour. Suivant ce que l’on me propose, je ferai des jeux, des livres pour enfants ou de la BD. Je ne peux pas répondre à la place des gens qui voudraient collaborer avec moi… En plus, il est possible que je ne les connaisse pas tous !



BDJ : Avez-vous joué aux jeux que vous avez illustrés ? Lequel avez-vous préféré, en tant que joueur ?
Yuio
: Pour le moment, j’ai pu tester Dojo en version proto. Antoine m’avait tout envoyé pour que je comprenne la base du jeu. Il a évolué encore un peu depuis.



BDJ : Dojo vs Wiraqocha : vers lequel va votre coup de cœur d’illustrateur ?
Yuio
: Je pense que l’on ne peut pas choisir entre ses enfants. J’aime bien le côté cartoon de Dojo, c’est « facile » pour moi. Wiraquocha, c’est beaucoup de travail et ce jeu représente une période plus longue de recherche. Je pense que je me suis beaucoup remis en question dans son approche graphique. Je crois d’ailleurs que Wiraquocha est sans doute entre mes envies et celles de l’éditeur, de l’auteur. Pas complètement Steampunk, pas totalement SF.



BDJ : Y a-t-il un illustrateur de jeux dont vous appréciez particulièrement le travail ?
Yuio
: Miguel Coimbra ou Anii. En fait, je les ai découverts lorsqu’on trainait tous sur le forum cafésalé. J’ai connu les illustrations de ce gens avant de savoir qu’ils faisaient des jeux évidemment.



BDJ : A votre avis, pourquoi beaucoup de joueurs aiment-ils la bande-dessinée ?
Yuio
: Pour le peu que je pense avoir compris, il y a de part et d’autres beaucoup de geek ou des gens qui veulent s’évader dans des univers forts. En plus, graphiquement, il y a beaucoup d’univers perméables entre la BD, le cinéma et le jeu.



BDJ : D’ailleurs, quels sont vos auteurs de bande-dessinée préférés ?
Yuio
: Je n’aime pas cette question. On aime des bd’s mais pas toujours une œuvre complète. J’ai vécu de vrai bon moment avec Larcenet, Trondheim, Jeff Smith, Mignola, Pedrosa, Boris Mirroir, James, Tezuka, Adachi,…



BDJ : Votre film préféré ?
Yuio
: J’ai un trio Coen/ Burton/ Kitano dont je me sépare pas.



BDJ : Quelle bonne musique mettez-vous dans vos z’oreilles ?
Yuio
: Un peu de tout mais surtout des trucs assez lourds. Avec des accordages de guitare assez bas, des basses qui claquent, des batteries qui martèlent et des chanteurs en sueurs.



BDJ : Si je vous invite à la maison pour un repas local (crêpes et chouchen), quelle sera la garniture de votre première galette ?
Yuio
: Lard et pommes… avec un complément un peu sucré comme du miel. Histoire de faire de la cuisine fusion France/Belgique.



BDJ : Vous l’imaginez comment votre « BOITE DE JEU » idéale ?
Yuio
:


BDJ : Avant de nous quitter, pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos prochains projets ?
Yuio
: Je n’en ai qu’un seul qui semble certain : continuer à dessiner. Freelance, c’est juste arriver à s’auto-assurer de ça : « je vais continuer ! ».



BDJ : Je vous remercie de ce temps que vous nous avez accordé. Je vous laisse le mot de la fin...
Yuio
: Un grand merci à vous… et merci de votre accueil dans la « Bulle de Jeux ».

Pour visiter le blog de YUIO : cliquez ici

Pour en savoir plus sur Wirqocha : chez Sit Down!
Pour en savoir plus sur Dojo : chez Hazgaard
Pour en savoir plus sur Takenoko : chez Bombyx

Pour faire tenir tous les animaux dans l'Arche, c'est COLLETTE qui s'y colle !

Quelques ligne pour vous parler aujourd'hui du travail de Xavier COLLETTE.
Si vous êtes un joueur attentif depuis un petit moment aux sorties du monde ludique, ce dont je ne doute pas, vous avez très certainement déjà eu le plaisir de poser vos yeux sur ses illustrations. En effet, Xavier COLLETTE a notamment illustré la génialissime série des jeux Timeline (édités par Hazgaard et Asmodée -2011) ...

 



... et du tout aussi superbe jeu Et Toque !  
(Libellud - 2011)








Si par hasard vous découvrez pour la première fois Xavier COLLETTE au fil de ces quelques lignes, sachez vient d'illustrer un nouveau jeu vient de sortir, co-signé par les exellents Bruno Cathala/Ludovic Maublanc et édité par Bombyx. Ce jeu, tout joliement posé dans sa boîte en métal répond  au doux nom de Noé.

Les cartes représentent plusieurs animaux de la fameuse arche et s'ils vous paraissent tout gentillets, les règles du jeu, elles, le sont visiblement beaucoup moins !
Mais attardons-nous sur le travail d'illustration qui est remarquable.


Xavier COLLETTE a trifouillé des quantités de gammes de couleurs pour nous offrir des illustrations chaleureuses et chamarées (Chat ! C'est toi qui t'y colle !).
Pour votre plus grand plaisir, Erwan Hascoët, l'un des fondateurs de Bombyx a bien voulu m'envoyer quelques évolutions de couleurs de certaines illustrations du jeu (merci Erwan !).

    


Tiens, l'âne sourit finalement !



L'éléphant a vieilli à en juger par la taille de ses défenses !




Un panda... Une référence à l'un des auteurs ? Non... Si ?
 


Un rhino qui passe de la savane aux nuages verts : on aura tout vu !




M. Noé en "os", puis en chair ...

 




Avec ces progressions, on voit bien le travail des superpositions de calques et des dégradés de nuances et de saturations.


En fait, les illustrations de ce jeu sont assez intéressantes de par leurs couleurs à plus d'un titre.
En effet, Xavier COLLETTE n'est pas qu'un illustrateur de jeu. Cet artiste du crayon est aussi et surtout illustrateur de bande dessinée.


Il nous a déjà gratifié de jolis albums aux personnages et univers proches des films de Tim Burton.

Souvent sombres sans tomber dans un extrême nébuleux, Xavier COLLETTE utilise alors une palette de marrons, de gris, de beiges, d'ocres, de verts ou de bleus pour dépeindre des univers de contes féériques.
Les planches de ces livres sont à l'opposé en terme de couleurs et de traits du jeu Noé. Surprenant...et tout aussi agréable !






Au regard de ces illustrations et des nouveautés ludiques actuelles, il semble que les éditeurs de jeux de société fassent de plus en plus appel à des virtuoses du crayon pour illustrer leurs productions et c'est tant mieux pour nous, les joueurs !
Ne vous privez pas de courir acheter Noé et ces BD : ils vous donneront un vrai coup de bien à vos yeux émerveillés.


Merci M. COLLETTE !

Pour visiter le blog de Xavier COLLETTE : c'est par ici !
Pour en savoir plus sur Noé : chez Bombyx
Pour en savoir plus sur Timeline : chez Hazgaard , chez Asmodée
Pour en savoir plus sur Et Toque ! : chez Libellud


Du Miguel COIMBRA dans le texte

Dans le petit monde des illustrateurs de jeux de société, il en est qui trempent leur plume (numérique) dans les dés de couleurs depuis pas mal de temps...
Parmi ceux-ci, Miguel COIMBRA est une référence en la matière, tant au niveau de la quantité que de la qualité de ses productions. Et si les éditeurs de jeux font souvent appel à lui, c'est parce que son travail est tout simplement remarquable. Il n'y a qu'à observer les jeux qu'il a illustrés pour s'appercevoir qu'en plus, ce sont des jeux qui ont connu des gros succès :  
7 Wonders, Cyclades, Smallworld, Cargo Noir, La Cité des Voleurs pour ne citer qu'eux !






Tous ces jeux ont eu leur (très bon) lot d'extensions, ce qui prouve aussi leur qualité et leur reconnaissance auprès des joueurs. Parmi celles-ci, l'extension "Leaders" de 7 Wonders n'est pas la plus vilaine graphiquement, loin de là !

Retour donc sur une petite interview de Miguel COIMBRA, réalisée en avril 2011... Oui, ok, ça date un peu, mais c'est toujours aussi intéressant...

Bulle de jeux (BDJ) : Bonjour Miguel Coimbra
Miguel Coimbra (MC) : Bonjour Bulle de jeux

BDJ : Que faisiez-vous avant d’être l’illustrateur que beaucoup de joueurs connaissent aujourd’hui ? Quelle a été votre formation ?
MC : Je travaillais dans le jeu vidéo chez une société qui s’appelle Eden Games, j’étais concepteur graphique (interface), et concept designer. Je dessinais des décors qui étaient ensuite modélisés par des artistes 3D. J’ai eu toutes sortes d’expériences professionnelles avant, la conception de site web ou encore de la hotline informatique. Je suis autodidacte dans le dessin, je n’ai donc pas de formation dans ce domaine

BDJ : Pas trop débordé en ce moment ?
MC : En ce moment ça va, je suis entre deux projets, je réalise des couvertures de romans et quelques designs pour le jeu vidéo

BDJ : Au fil des jeux, prenez-vous toujours autant de plaisir à dessiner dans cet univers historiquo-antiquo-mythologique ? (7 Wonders, Cyclades, Les Géants de l’Île de Pâques…)
MC : Oui il est vrai que je dessine souvent dans ce thème mais c’est plus par effet de commande, les clients ont vu un jeu et veulent en général la même chose ; j’ai une préférence pour les thèmes fantastiques mais j’aime a peu près tous les thèmes. Ce que j’aime faire c’est dessiner avant tout

BDJ : Cyclades, se joue dans un univers mythologique avec des personnages déjà dessinés de très nombreuses fois. Est-il facile de faire quelque chose de différent de ce qui a déjà été dessiné ou au contraire, préférez-vous vous en inspirer ?
MC : Et bien disons qu’il y a des codes à respecter mais je dirais : les deux mon capitaine ! Quand il y a des références que je trouve intéressantes je m’en inspire sinon et bien j’invente avec mon bagage à moi c’est à dire ce qui m’inspire en général et mes références visuelles

BDJ : Dans Smallworld, le ton est plutôt humoristique. Dans Cargo Noir, les illustrations sont proches de la bande-dessinée. Dans ces deux cas, est-ce une demande de la part du duo éditeur-auteur ou un choix que vous avez proposé ?
MC : C’est une demande de l’éditeur, en général les éditeurs (notamment Days Of Wonder) ont une ligne éditoriale précise ou une idée du rendu qu’ils souhaitent pour leur jeu . Après c’est assez général pour que je puisse proposer des choses personnelles et j’ai donc pas mal de libertés a ce niveau tant que cela reste dans le cadre initial

BDJ : Comment se passent les relations entre les 3 serviteurs des jeux de société que sont l’auteur, l’illustrateur et l’éditeur ? Qui propose, qui dispose ?
MC : C’est un milieu assez « cool » pour que chacun puisse intervenir et donner son opinion. Je dirais tout de même que c’est l’éditeur qui se charge de coordonner un peu le tout, ça fait partie de son rôle

BDJ : Personnellement, préférez-vous être guidé (par les auteurs et éditeurs) ou au contraire, avez-vous besoin de beaucoup de liberté pour laisser s’exprimer votre imagination ?
MC : J’aime avoir des petits briefs ou descriptions courtes. Cela me permet surtout d’avoir a peu près l’idée de ce qu’ils veulent et d’éviter les hors sujets complets. Les descriptions trop longues et cadrées (notamment celle qui suggèrent trop d’éléments visuels) je n’aime pas trop, le visuel c’est plutôt ma partie donc je préfère avoir main mise dessus, faire de la direction artistique ça me plaît aussi.

Le Minotaure (Cyclades - 2009)

BDJ : Travaillez-vous aussi les versions 3D des figurines de jeux comme pour La Cité des Voleurs ou Cyclades ?
MC : Sur Cyclades oui, j’ai fais les concepts des figurines, et réaliser quelques retours avec les sculpteurs

BDJ : Le travail à plusieurs illustrateurs comme pour Intrigo (avec Edouard Guiton) rend-il la tâche plus facile ou au contraire y en a-t-il toujours un mécontent qui veut refaire le travail ?
MC : En fait, aussi étonnant que cela puisse paraître il n’y a pas d’échanges entre nous. Je reçois les crayonnés d’Edouard qui sont déjà validés par l’éditeur. En général j’essaie d’adapter mes couleurs dans le style du dessinateur et de respecter un maximum son trait ; c’est un autre type de boulot

BDJ : Cela vous dérange-t-il pas que le nom des illustrateurs de jeux de société ne soit parfois même pas présent sur la boîte d’un jeu ?
MC : Si complètement, je ne comprends pas trop pourquoi d’ailleurs, en bande dessinée le dessinateur est aussi important que le scénariste alors pourquoi pas dans le jeu de société, surtout qu’aujourd’hui les joueurs achètent difficilement un jeu moche

BDJ : Participez-vous à beaucoup de salons de jeux au cours de l’année ?
MC : Assez peu, mon emploi du temps est assez bien rempli entre ma vie professionnelle et vie de famille mais ça devrait s’améliorer dans le futur

BDJ : Pour en revenir à votre travail, vous êtes plutôt crayon et gomme ou palette et « delete » ?
MC : Palette et delete à 100%  ! J’ai quasiment tout appris sur ce média j’ai donc plus d’affection pour celui ci même si il m’arrive de gribouiller au crayon de temps en temps pour le plaisir

BDJ : Dans 7 Wonders, on a l’impression que vos illustrations sont des tableaux. Comment faites-vous cela ?
MC : Hé hé, j’essaie de travailler à la couleur directe et de donner un côté un peu peinture pour éviter l’effet trop 100% ordi justement

Amitys (7 Wonders extension Leaders)

BDJ : Juste comme ça pour évaluer ce que cela peut représenter : combien de temps avez-vous mis (à peu près) pour créer une illustration comme celle-ci ?
MC : Il me faut dans les 3h a peu près

BDJ : N’êtes-vous pas frustré par les petits détails de certaines illustrations qui ne se voient presque plus lors de la réduction des images à la production ?
MC : Pas du tout j’essaie justement de travailler l’illustration en fonction de son format, certaines sont souvent reprises en grand pour des raisons marketing c’est pour cela que je les détaille un peu plus.

BDJ : Avez-vous un détail fétiche que vous arrivez à recaser dans les jeux que tu vous illustrez ?
MC : Non pas spécialement

BDJ : N’en avez-vous pas assez de répondre aux sollicitations, certainement de plus en plus nombreuses, dues aux à la reconnaissance de votre travail ?
MC : Je n’en suis pas encore à signer des autographes dans la rue ! Je réponds donc avec plaisir aux nouvelles propositions ou aux sollicitations de joueurs

BDJ : Plus de reconnaissance, c’est certainement plus de demandes d’illustrations dans le monde du jeu. Cela veut-il dire moins de temps pour travailler ou plus de poids pour « imposer » vos idées et vos délais ?
MC : C’est surtout la chance inouïe pour un dessinateur de pouvoir choisir ses projets !

BDJ : Vos très nombreux travaux dans le monde des jeux de société ne vous ont-ils pas donné envie de créer votre propre jeu ?
MC : Je pense qu’on ne s’improvise pas game designer, c’est un vrai métier où il faut énormément d’expérience je laisse donc ça aux auteurs expérimentés

BDJ : Avez-vous joué à tous les jeux que vous avez illustrés ? Lequel avez-vous préféré, en tant que joueur ?
MC : En fait mon entourage ne joue pas beaucoup donc il m’est assez difficile de jouer à mes jeux. J’ai quand même joué à 7 Wonders récemment que j’ai beaucoup aimé

 
Détail du plateau (Les Géants de l'Île de Pâques-2008)

BDJ : Il est arrivé à mes oreilles que vous étiez un « éternel insatisfait » en termes d’illustration. Malgré cela, vers lequel de vos travaux du monde ludique va votre coup de cœur d’illustrateur ?
MC : J’aime bien Les Géants de l’île de Pâques où je suis assez content de mon plateau ; c’est également mon premier jeu complet. J’ai aussi un très bon souvenir de Cargo Noir, où je me suis bien éclaté sur le style graphique assez inédit pour moi

BDJ : A votre avis, pourquoi beaucoup de joueurs aiment-ils la bande-dessinée ?
MC : J’imagine que c’est la suite logique, avec les jeux il s’évadent et s’inventent des histoires aussi. Je pense que c’est l’imaginaire qui lie un peu ces deux mondes et qui plait tant aux joueurs

BDJ : D’ailleurs, quels sont vos auteurs de bande-dessinée préférés ?
MC : Je ne vais pas être objectif, je vais citer un de mes amis, Florent Maudoux pour sa bd "Freak’s Squeele" !

BDJ : Votre film préféré ?
MC : pas vraiment un film, un série que j’adore « Six feet Under »

BDJ : Quelle bonne musique mettez-vous dans vos z’oreilles ?
MC : Soul music, funk, j’aime la music de blacks

BDJ : Si je vous invite à la maison pour un repas local (crêpes et chouchen), quelle sera la garniture de votre première galette ?
MC : Plutôt classique jambon fromage

BDJ : Avant de nous quitter, pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos prochains projets ?
MC : Et bien je viens juste de boucler quelque chose d’assez gros en relation avec Smallworld, sûrement d’autres extensions de jeux existants et des couvertures de romans. Pour les autres projets, ils restent secrets...

BDJ : Je vous remercie de ce temps que vous nous avez accordé. Je vous laisse le mot de la fin...
MC : Merci pour cette interview et longue vie a la Bulle de Jeux !

Pour en savoir plus sur Miguel COIMBRA : cliquez ici

Pour en savoir plus sur presque tous les jeux qu'il a illustrés (tout ou en partie), cliquez sur :

NAÏADE, l'illustrateur de saison...

Il y a des jeux de société qui sont plus attendus que d'autres. Les extensions de Dice Town (Matagot-2009) ou de 7 Wonders (Repos Prod-2010) ont fait partie de ceux-là pour moi (entre autres), ne serait-ce que par leur superbe aspect graphique (merci au passage à messieurs Pierre et Miguel). Il en est un autre dont je me languis. Il s'agit de Seasons (Libellud-2012) et visiblement, je ne suis pas le seul... Le jeu n'est pas encore sorti qu'il fait déjà parler de lui sur les différentes plate-formes socio-ludiques du web !
En effet, le prochain jeu illustré par NAÏADE sera édité par Libellud. Et chez Libellud, c'est bien connu, la part belle est faite autant aux auteurs qu'aux illustrateurs de jeux qui font parfois même le cœur du jeu comme cela fut le cas pour Marie Cardouat avec Dixit (Libellud-2008).
Seasons est un jeu qui repose sur un univers imaginaire, proche de celui d'Alice au Pays des Merveilles, avec un fort accent de magie et de combat. Afin d'illustrer au mieux cette ambiance, Régis Bonnessée (auteur et éditeur de ce jeu) a donc fait appel à la palette graphique de NAÏADE. Et bien lui en a pris puisque les premières illustrations qui ont filtrées sont tout simplement... splendides.

Hyper colorées, mêlant personnages fantastiques et objets animés, les illustrations de NAÏADE reprennent plusieurs thèmes, à commencer par celui des contes de notre enfance. Moi des images comme ça, ça me donne envie de les agrandir pour tapisser la chambre du petit dernier !

 Le lapin de Pâques (Alice au Pays des Merveilles)

Les bottes de 7 Lieues (Le Petit Poucet)

La magie a aussi sa place et le monde de Seasons n'a rien à envier à celui de certains sorciers à lunettes juchés sur des balai... Là le fiston de 10 ans voit tout de suite de quoi il s'agit :

  
 La chouette annonciatrice des événements à venir...

 Le miroir magique du bien et du mal

 Le grimoire des incantations

Après les contes, la magie, place à la mythologie grecque. Les références y sont évidentes et raviront les adeptes plus âgés :

 
  L'entrée du labyrinthe du Minotaure 

 Cerbère, le chien gardien des enfers

Et ce n'est pas tout ! Voilà que NAÏADE nous offre des allusions détournée à l'arbre de vie et à l'enfer du jeu...


... aux divinités aquatiques et aux démons nocturnes.



Éditeur et illustrateur se sont même offert le temps de la réflexion en hésitant entre deux illustrations possibles pour la couverture de la boîte :

Personnellement, ma préférence va à la version de gauche, plus féérique, plus chaleureuse... Nous auront le loisir de contempler leur choix en août 2012, date prévue pour la sortie de Seasons (source R. Bonnessée).

Bon, vous allez peut-être me dire qu'Alice au Pays des Merveilles peut s'étudie en fac de psycho, qu'Harry Potter se lit à n'importe quel âge, que la mythologie, ça n'intéresse pas que les vieux. Ce n'est pas faux. En tous cas, une chose est certaine c'est que ce jeu réunira à coup sûr toute les membres de la famille qui tenteront de mener à bien l'aventure de leur mage en quête de pouvoir...

Si je vous parle aujourd'hui de NAÏADE, c'est que cet illustrateur nantais, trace tranquillement son chemin dans le monde des jeux de société après deux références précédemment illustrés : 











 Isla Dorada/Funforge-2010

 
       Bugs&Co/Libellud-2011


Nul doute qu'après les premières illustrations de Seasons qui circulent sur le net et le plaisir que prendront les joueurs à contempler le travail fini, NAÏADE risque fort de plonger régulièrement le curseur de sa souris dans les couleurs du monde ludique...


Tetdos